Jean-Philippe NAVARRE

Que bien écrire, c'est déjà bien penser

9 Janvier 2012


Dans son célèbre discours sur le style, Buffon affirme que « bien écrire c'est tout à la fois bien penser, bien sentir et bien rendre ». Cet adage, moins célèbre que « le style, c'est l'homme », figurant dans le même discours, se révèle si vrai qu'on devrait le graver au fronton de toutes les écoles. Et dire que ces remarques émanent d'un homme de science, d'un naturaliste, pour qui la hauteur du style semblait devoir s'effacer devant les connaissances et les informations à transmettre ! Force est de constater que l'inculture va souvent de pair avec la méchanceté, que la haine accompagne les esprits faibles et qu'il reste très difficile, voire impossible de communiquer avec les sots (ou les sottes).
Non, la bonne orthographe et la syntaxe correcte ne sont pas des jeux de singes savants ! Elles témoignent d'abord d'une mémoire entraînée, ce qui n'est en rien négligeable, et ensuite du résultat d'une observation logique liée à l'étymologie et à la formation de l'idiome. Certes, on repérera des bizarreries et des irrégularités, des usages ou prononciations fautifs qui sont devenus la règle. Mais, que pèse tout cela dans le génie de la langue ? Peu. Chaque langue véhicule un mode de pensée et une façon déterminée d'aborder un concept ou une idée. Aucune, en ce sens, n'est comparable à une autre et la maîtrise de plusieurs donne à l'exercice intellectuel un éventail infini de nuances.

Une faute d'orthographe due à l'inattention me fait sourire (un pluriel oublié, par exemple) ; une faute qui montre l'ignorance de la fonction du mot révèle tout un système d'approche défectueux (confondre un pronom démonstratif avec un possessif parce qu'ils offrent le même son ; ne pas accorder le participe passé ; mélanger l'infinitif et l'impératif, etc.), non seulement dans la mécanique du langage, mais aussi et surtout dans la clarté de l'idée avant sa mise en forme par les mots. Nous touchons ici à l'extrême difficulté de la traduction : saisir l'idée dans le génie de la langue d'origine et lui donner une réplique dans une autre langue. Et ne parlons pas de traduire un poème, auquel viennent s'adjoindre la musique et le rythme... Ad aspera per aspera !

Il n'est point de relâche dans la maîtrise de la langue écrite. L'œuvre d'une vie. « Cent fois sur le métier remettez votre ouvrage », disait Boileau avec justesse. Ce qui semble contrarié par la maxime : « Le mieux est l'ennemi du bien ». Alors, arrivons déjà au bien... Nous aurons toujours assez de temps pour le mieux !

Pourtant, une application et un zèle infatigables, même joints au talent, ne fournissent pas la clef du succès. C'est une critique qui m'a souvent été appliquée. « Vous auriez pu réussir bien plus brillamment », m'a-t-on reproché maintes fois. Je pense, en accord avec Mark Twain qu' « il vaut mieux mériter les honneurs et ne pas les obtenir que de les avoir sans les mériter ».

Jean-Philippe NAVARRE

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