Jean-Philippe NAVARRE

Encore des histoires de gros sous...


Il est de plus plus en plus fréquent d'assister à des batailles juridiques relatives à des droits d'auteur. Deux exemples, que je trouve sinistres, rendront compte de l'avidité sans pareille qui gouverne notre monde. Le premier concerne l'édifiante histoire du Bolero de Maurice Ravel. Honte à ces profiteurs ! — Édouard Ravel, René Dommange, les époux Taverne et leurs descendants, Jean-Jacques Lemoine et ceux qui, aujourd'hui encore, voudraient sans vergogne continuer à tirer sur la ficelle —, ils entrent dans l'histoire en voyous et en sortent après avoir sali l'un des plus grands compositeurs. L'histoire le leur rendra. Elle a d'ailleurs déjà commencé en couvrant leurs noms d'opprobe, quelquefois de leur vivant.
Mais la polémique entourant le Journal d'Anne Frank est encore plus nauséeuse. Le "Fonds Anne Frank" voudrait nous faire croire que pour avoir pratiqué quelques coupures dans le journal de sa fille, Otto Frank en serait coauteur, ce qui en repousserait l'entrée dans le domaine public en 2036 !
Que notre arsenal législatif et judiciaire puisse permettre de telles turpitudes montre une fois de plus la déliquescence de notre société, dans laquelle la moindre parcelle de moralité s'est effacée devant l'argent.
Puis-je suggérer que la personne qui a apporté son thé à Victor Hugo le 19 avril 1862, à 16h32, soit désignée comme coauteur de la La Légende des Siècles ? Leurs enfants, petits enfants et cousins par alliance aussi. N'oublions pas celui qui a vendu le thé. Celui qui l'a cultivé et récolté également. Et l'officine qui a founi les plants itou. Et pourquoi pas le pape ?
Le droit d'auteur entendait garantir à l'AUTEUR durant sa vie non seulement des revenus, mais aussi un contrôle sur son œuvre. Nous avons dérivé de là vers une garantie post-mortem à sa famille, puis à des tiers (savoureusement nommés "ayants droit"). Il s'agit bien d'une dérive qui engendre des escroqueries en série.
Garantir de l'argent à sa famille grâce à son travail après sa mort ? Depuis quand une retraite est-elle transmissible à ses enfants ?
Il vous suffirait d'être "fils de" pour vivre confortablement votre vie durant... Quelle leçon de morale ! Un triste retour des privilèges d'ancien régime.
Beaumarchais, reviens ! Ils sont devenus fous !

Jean-Philippe Navarre

Biographie | Publications | Enregistrements | Contact | Billets d'humeur | Accueil | Extraits musicaux